Le travail d'animation dans un processus collectif d'explicitation et de problématisation des pratiques


par Monique L’Hostie

 

 » (…) l’organisation intelligente repose d’abord sur une révolution de l’état d’esprit de ses membres : se voir comme une partie intégrante d’un tout plutôt que comme un élément autonome, accepter l’idée que nos problèmes viennent de nos actes plutôt que d’une personne ou une chose étrangère. Une organisation intelligente est un lieu où ses membres découvrent à chaque instant comment ils façonnent leur réalité. Et comment ils peuvent la modifier. »

Peter Senge, 1991, p.29

 

LE TRAVAIL EN GAPP dans une recherche-action-formation

Les conditions du dispositif

Visées de la démarche :

  • coformation (développement professionnel et construction identitaire)
  • transformation et évolution des pratiques individuelles et collectives des acteurs du terrain (intérêt des participants : ma, mes, nos pratiques)
  • production de connaissances sur les pratiques professionnelles (intérêt des chercheurs)

Ancrage théorique principal :

  • paradigmes systémique et socio-constuctiviste
  • concepts fondamentaux soutenant la démarche : codéveloppement professionnel et changement assisté, pratique réflexive, explicitation et problématisation des pratiques, modèles d’action (consolidation ou recherche de pistes de solution/ amélioration), mise à l’épreuve du terrain

Les objets sur lesquels porte la démarche :

  • des pratiques (individuelles et collectives) se rapportant à une même famille de situations vécues en contexte de travail (ex. : situations de communication avec les familles), telles que décrites et racontées par les participants. L’action effective du praticien sur le terrain constitue le point de départ et le point d’aboutissement du travail réflexif.
  • les « satellites » de l’action (Vermersch, 1994) : le contexte, les connaissances et les représentations, les intentions, les significations
  • la stratégie déployée par le praticien dans l’action (comportements et discours)
  • les « résultats » sur le terrain

Les spécificités de la méthodologie utilisée :

  • le matériel de base : des actions professionnelles décrites et racontées par les participants, toutes liées à une famille de situations touchant un aspect du travail priorisé par le groupe de recherche
  • une période de questionnement (recueillir plus d’informations sur les actions en situation) pour bonifier et expliciter les descriptions/ narrations (Vermersch, 1994)
  • une période d’échanges (au sens où l’entend Senge, 1991) pour pousser le questionnement dans une perspective réflexive (Schön, 1996; St-Arnaud, 1999, 1992; L’Hostie et col., 2004; L’Hostie, 2003) et en établissant des liens entre les descriptions/ narrations mises sur la table. Le travail comparatif pour la recherche d’interfaces amène à poser et à coconstruire progressivement une problématique (ex. : communication avec les familles) plutôt que de chercher tout de suite des voies de solution aux problèmes rencontrés sur le terrain. Les échanges conduisent aussi à formuler des hypothèses heuristiques (des « idées ») (Fabre, 2003, 1999; Dewey, 1993) quant aux significations des données. Un tel travail fait entrevoir aux acteurs des voies de solutions pour tenter de résoudre les problèmes construits à travers le travail d’analyse collective (cela ouvre sur un réinvestissement dans l’action)
  • toutes les séances de travail sont enregistrées (collecte des données)
  • l’animateur : un facilitateur et un accompagnateur (perspective du changement «assisté», St-Arnaud, 1999)

Le cadre pratique du dispositif :

  • les rencontres centrées sur le recueil d’actions en situation alternent avec les rencontres centrées sur le travail de problématisation (une rencontre aux trois semaines en moyenne, sur l’année scolaire)
  • les participants : voir « L’équipe de recherche et le projet »

L’évaluation des résultats :

  • des praticiens amenés à prendre leurs propres pratiques professionnelles comme objet à connaître et à transformer sont conduits à faire des apprentissages qui font sens par rapport au travail sur le terrain et à poursuivre le développement des compétences qu’exigé l’exercice du métier. Lorsque le dispositif combine des approches de codéveloppement professionnel et de changement assisté, la posture réflexive de chacun est supportée, renforcée et nourrie tout à la fois par les savoirs d’expérience partagés et les savoirs «savants» mis à disposition.
  • lorsque la recherche se construit dans une dynamique collective, fondée sur l’échange et la contrepartie, elle permet de rompre avec l’individualisme professionnel caractérisant la culture scolaire et les pratiques instituées. Elle permet de capitaliser non pas sur les «talents» et l’intelligence d’un seul mais sur un éventail de connaissances, d’expériences et de «sensibilités» diverses qui sont mises à contribution au profit de tous. Sans compter que l’échange en groupe fait naître des idées qui n’appartiennent à personne en propre mais émergent des interactions sociales.
  • enfin, les acteurs développent une compétence collective en tant qu’équipe et renforcent la coopération dans le système d’action qui est le leur.

L’équipe de recherche et le projet

1 Le projet :

Agir ensemble pour améliorer les pratiques d’intervention à la maternelle en milieu urbain défavorisé

Les écoles participantes :

Deux écoles primaires situées en milieu défavorisé dans l’arrondissement de Chicoutimi

Les acteurs du terrain :

Les enseignantes des maternelles 4 et 5 ans

Les directrices des deux établissements

La coordonnatrice du Centre de soir/enfants du quartier

L’intervenante sociale responsable du scolaire au CLSC du Grand Chicoutimi

Le conseiller pédagogique responsable du préscolaire à la CS

La coordonnatrice de l’enseignement à la CS

Les chercheurs :

Deux chercheures en éducation de l’université régionale

Le contexte d’émergence du projet

Mise en place de maternelles 4 ans dans les écoles concernées (avec un support financier du MEQ).

Engagement de la CS auprès du MEQ pour lier cette initiative au développement d’une recherche sur le sujet.

Liens établis entre le milieu et des chercheurs de l’UQAC. Discussions pour définir un projet de recherche.

Préparation d’une demande de financement au CRRE.

Travail exploratoire relatif aux pratiques éducatives en classe de maternelle.

Les visées du projet

But de la recherche

Consolider le modèle d’organisation préscolaire développé par la C.S. pour les enfants de quatre ans fréquentant la maternelle en milieu urbain défavorisé.

Objectifs du projet

1. Accroître les connaissances et les compétences de tous les intervenants impliqués dans l’intervention précoce pour le développement global des enfants concernés.

2. Améliorer les pratiques d’intervention précoce à l’échelle de la maternelle, de l’école, de la famille et du milieu.

3. Renforcer la concertation et la collaboration entre les intervenants afin qu’ils soient plus efficaces ensemble dans l’action sur le terrain.

4. Favoriser le développement de pratiques parentales positives chez les parents des enfants concernés en vue de l’accompagnement scolaire de leur enfant.

5. Évaluer les retombées du projet du point de vue des acteurs impliqués.

Le type de recherche

Recherche-action-trans/formationRecherche-action :

Trois éléments sont requis :

(King et Lonquist, cf Savoie-Zajc, 2001) :

1. Le projet vise l’amélioration d’une pratique professionnelle, celle-ci étant au cœur de la préoccupation.

Le projet se déroule selon une spirale de cycles de planification, d’action, d’observation et de réflexion.
Le projet implique ceux et celles qui sont engagés dans la pratique visée, et ce, à tous les moments du projet.
Formation :

La formation se traduit par les apprentissages effectués par les participants (acteurs du terrain et chercheurs) que ce soit par rapport au processus de changement lui-même ou sur les plans personnel et professionnel.

(Dolbec et Clément, 2000, Dolbec, 1997, Paillé, 1994)

Trans/formation :

Les apprentissages s’élaborent à travers une approche socio-constructiviste.

m-l-h-04

Figure adaptée de P. Vermersch (1994) : Les informations satellites de l’action vécue

m-l-h-2004

GUIDE POUR L’ACCOMPAGNEMENT DE LA RELÈVE ENSEIGNANTE AU COLLÉGIAL
Module 4

 

Texte présenté en juin 2004 dans le cadre du 1er séminaire GFAPP