L'APP et la formation, contradiction ou complémentarité


par Anne Mansuy avec David Kumurdjian

 

A. Quelles sont les modalités de formation traditionnellement utilisées ?

En formation initiale :

Le formateur souhaite préparer l’étudiant à l’examen ou certification, sa logique est transmissive et prescriptive. Le corpus de connaissances au programme ne se discute pas.

La formation est centrée sur les contenus à enseigner, « à faire passer » du formateur au formé.

Deux modalités sont proposées :

  • Le stage (modèle du compagnonnage) :

D’abord en position d’observateur, l’étudiant regarde faire un tuteur de stage dont la pratique est reconnue par l’organisateur de la formation. Puis l’apprenti prend en charge certaines activités professionnelles suivant le modèle proposé par le tuteur, une évaluation de ces moments de pratique du métier peuvent donner lieu à une évaluation certificative.

  • Le cours (modèle de l’enseignement)

L’étudiant écoute le formateur présenter des théories reconnues (au programme) pour pouvoir ensuite présenter ce qu’il a assimilé lors des épreuves d’évaluation certificatives.

Dans le contexte d’une formation initiale ainsi décrite, l’analyse de pratiques au sens d’un moment de réflexion sur sa pratique au sein d’un groupe peut-elle trouver sa place ?

En formation continue :

Le formateur souhaite permettre au professionnel d’optimiser ses modalités d’actions professionnelles sans que cela donne lieu à une évaluation certificative. Il s’agit là d’une logique de développement de l’expertise professionnelle dans les situations de travail de la personne. Cette logique suppose de la part du formé une réflexion sur ses pratiques et un questionnement de sa professionnalité.

Le formateur prend appui sur des théories qui seront mises à l’épreuve de de la singularité et de la complexité des situations de travail réelles.

La formation va se centrer sur les formés et les spécificités de leur environnement de travail; le formateur visant une évolution des pratiques.

Dans un contexte de formation continue ainsi décrite, l’analyse de pratique est une modalité de travail que le formateur peut proposer aux participants.

B. Et si l’analyse de pratique pouvait jouer un rôle en formation initiale aussi ?

La formation initiale et la formation continue ainsi décrites paraissent en opposition, transmettre des connaissances et donner l’occasion de réfléchir sur ses pratiques semblent des activités de formation peu compatible du fait que dans le premier cas, le formateur est supposé savoir alors que dans l’autre cas le formé est inciter à rechercher lui-même avec l’aide du groupe animé par le formateur comment faire évoluer ses pratiques.

Cependant on peut observer que quand un formateur, dégagé de tout rôle évaluateur par rapport aux participants, utilise la logique décrite pour la formation continue en formation initiale en prenant appui sur le vécu d’une pratique (un stage par exemple), la formation est appréciée par les participants (*)pour les caractéristiques suivantes :

–          La possibilité de travailler sur la complexité des situations professionnelles et la spécificité de son positionnement personnel.

–          Le climat relationnel instauré qui permet de prendre appui sur le groupe sans crainte d’être jugé

–          Le fait de pouvoir faire part de ses doutes et de ses convictions en étant écouté…

–          La découverte de la richesse des capacités de réflexion du groupe même composé de praticiens débutants.

On peut se demander à ce moment là s’il n’est pas possible pour le formateur en formation initiale d’être dans une logique d’enseignement tout en adoptant la posture d’un formateur travaillant avec des professionnels en formation continue.

Une nouvelle posture qui permettrait par exemple :

–          De se centrer plus sur les étudiants en sollicitant l’expression de leurs représentations, en étant à l’écoute des difficultés, des doutes et des interrogations.

–          De favoriser l’élaboration d’une réflexion collective dans le groupe par le partage des représentations, la co-construction de savoirs et l’élargissement du point de vue personnel.

–          De conseiller l’étudiant à l’occasion de stages en prenant en compte le contexte de travail et sa logique personnelle.

–          D’illustrer son cours par des exemples de pratiques ou de baser son cours sur la description d’une situation professionnelle pour en présenter un système d’explication.

–          De fournir un outil d’auto-formation partiel à l’étudiant qu’il peut conserver « invisible » dans sa boite à outil (la capacité d’analyse devient un élément structurant son IDENTITE professionnelle), tant pour analyser sa pratique seul (travail d’écriture par exemple), ou pour analyser la pratique du tuteur (ouïe !).

Le formateur pourrait alors avoir le projet de transmettre des savoirs qui seront questionnés et retravaillés par une approche réflexive prenant appui sur des pratiques professionnelles;

C. Comment développer ces nouvelles compétences chez les formateurs ?

Former les formateurs à cette nouvelle approche pourrait se faire en leur proposant dans un premier temps de participer à un groupe d’analyse de pratique pour pouvoir ressentir de l’intérieur ce qu’apporte pour le formé ce type de travail.

En suite, le formateur ayant pu apprécié cette modalité de formation nouvelle pourrait à son tour être placé en situation de co-animer un groupe d’analyse de pratique pour apprendre à se positionner de façon à faciliter le travail réflexif du groupe.

(*) Ces réflexions sont issues de mon expérience professionnelle dans le cadre de la formation des enseignants. Intervenant en formation continue auprès d’équipes volontaires dans les établissements scolaires, j’ai été amenée à contribuer à la formation initiale en conservant la même logique d’intervention à l’IUFM.

Les étudiants ayant pu découvrir et apprécier une posture de formateur différente de l’habituelle m’ont fait part de leur satisfaction et ont pu ainsi m’aider par leurs remarques à l’occasion des bilans à imaginer un nouveau rôle et de nouvelles pratiques pour le formateur en formation initiale.

Par la suite, l’IUFM (formation initiale) et le rectorat (formation continue) de Besançon ont constitué un groupe de formateurs formés à l’analyse de pratique et j’ai pu voir à ce moment là combien il était enrichissant mais aussi difficile pour les enseignants habitués à une logique transmissive d’animer un atelier d’analyse de pratique où ils vont longtemps « s’empêcher » de faire cours.

 

Texte présenté en juin 2005 dans le cadre du 2ème séminaire GFAPP