Invariants et variants


par Jean-Loup Muller

Voici comment je vois les choses : les invariants seraient à mon sens ce qui « traverse » tout processus APP au service de la formation, et ceci quel que soit

  • le pays francophone où l’APP est pratiquée (F, Be, Can., CH,..)
  • le niveau de formation des participants : de base ou continue
  • le niveau d’expérience et de compétence des participants et de
  • l’animateur
  • le degré de liberté des participants (volontaires ou obligés de
  • participer à
  • la démarche APP
  • etc…

Selon moi, ces invariants pourraient donc être par exemple :

  • l’existence d’une éthique et le respect de certaines règles facilitant le fonctionnement du groupe
  • l’existence et le traitement inéluctables d’une demande, posée par un participant
  • des compétences « transversales » d’écoute, de questionnement, de feed-back qui se co-  développent entre l’animateur et les participants
  • l’existence et le traitement des émotions qui surgissent
  • les processus d’apprentissage et de « transfert d’apprentissage »
  • le processus de régulation dans un groupe (ou en relation duelle) (par ex. gestion des temps de parole, des prises de rôles, des conflits).
  • l’implication nécessaire des individus
  • la production de résultats pour les problèmes posés
  • le passage obligé d’étapes ou de phases
  • etc…

Au nombre des variables, on trouverait plutôt :

  • le contexte socio-économique national ou régional inhérent à chaque
  • pratique APP, ou à chaque opportunité de pratique
  • le type de protocole utilisé
  • le type ou le style d’animation
  • la présence ou l’absence d’écriture réflexive
  • le contact direct entre participants ou la correspondance écrite (ex :la liste)
  • les politiques de développement de réseaux APP à distance,
  • etc…

Ce qui m’intéresse particulièrement dans ce prochain séminaire, c’est de pouvoir échanger avec vous, en direct enfin, sur ce que nous rencontrons tous dans nos pratiques respectives :

Même dans une APP animée de manière très mentale ou distante, nous n’échappons pas à   l’émergence d’affects. Faut-il les réprimer ? les taire? les utiliser? Oui, mais comment?

Que ce soit le « bon » ou le « mauvais » moment pour les exprimer, nous faisons tous intérieurement des hypothèses. Comment influencent-elles nos questionnements, comment modifient-elle notre écoute ?

Comment gérons-nous nos « tiraillements » intérieurs en tant qu’animateurs, par ex. entre la nécessité de garder le cap de la demande formulée par l’exposant et l’envie de proposer un arrêt sur image pour permettre au groupe de méta-communiquer sur le processus ? Comment accommodons-nous cadrage et créativité ?

Toutes ces questions ne portent-elles pas justement sur des « invariants de l’APP »? Ce qui varie en revanche, au sein même de ces invariants, ce sont nos expériences personnelles, notre style personnel, nos valeurs préférencielles, nos références théoriques, notre manière personnelle d’être, tout simplement, dans un groupe,…

A propos du lien résonance-invariants/variables, oui, pour moi, la résonance (au sens où je la définis) fait partie des invariants de l’app comme de toute communication humaine, au même titre que le questionnement, l’écoute et l’hypothétisation.

Je fais l’hypothèse que la REALITE COMPLEXE des processus en APP ne peut être réellement éclairée qu’en accordant autant d’attention aux invariants qu’aux variables qui sont en jeu.

Oublier les invariants au profit des variables génère le flou, donne le vertige, inhibe les apprentissages, provoque des tensions ».

Je souhaite que l’on puisse se poser la question suivante :

Quel lien et quel équilibre faut-il trouver entre notre attention portée aux invariants et notre attention portée aux variables, pour améliorer l’APP ? Court-on des risques à négliger cet équilibre ?

 

Texte présenté en juin 2005 dans le cadre du 2ème séminaire GFAPP