La structuration du temps et de l'espace et la communication au sein des groupes d'APP


par Lisette Cazellet

Il y a quelques mois, je questionnais le groupe pour connaître les expériences de chacun en matière de structuration du temps pour l’organisation de séances de travail. Diverses réponses m’ont été proposées : certains disent privilégier des temps de séances plus limitées avec un étalement dans le temps, d’autres ont relaté des expériences de journées voire de plusieurs journées consécutives et un travail avec des groupes sur plusieurs situations consécutives.

A plusieurs reprises, également lors nos échanges, la question du lieu où se déroule les séances de travail a aussi été évoqué : intra établissement ou à l’extérieur dans d’autres locaux, hors des lieux habituels de travail ?

Patrick m’avait suggéré de faire une synthèse, ce que je n’avais pas pris le temps de faire encore. D’où mon idée pour ce séminaire de vous proposer de retravailler sur ces facteurs organisationnels : le temps et l’espace et pour inviter à un temps de réflexion sur ces éléments de contextualisation qui m’apparaissent comme assez importants car ils conditionnent la façon dont se déroulent les séances de travail avec les groupes.

J’utiliserai pour cela mon expérience et quelques éléments et repères sur la théorie des processus de la communication d’A.Mucchielli. Il propose un modèle d’analyse des échanges et des interactions entre acteurs professionnels en prenant en compte différents éléments du contexte.
Dans ce modèle, toute situation de communication (et le GFAPP en est une en particulier) est considéré comme une situation complexe qui met en jeu 7 processus différents qui contribuent à construire et à donner du sens à la communication et qui influencent les modes de communication au sein d’un groupe

Je ne ferai que présenter très sommairement ces 7 processus et j’ai choisi d’en développer 2 plus particulièrement :

–          Le processus de contextualisation spatiale qui contribue à la « mise en scène » de la situation de communication. Nous développerons plus particulièrement ce processus

–          Le processus de contextualisation physique et sensorielle qui nous permet à travers tous nos sens, les contacts physiques plus ou moins distants ou rapprochés et d’entrer en contact, de sentir, percevoir

–          Le processus de contextualisation temporelle : l’histoire de chacun, du groupe, le temps passé, présent, l’utilisation et la structuration du temps vont avoir un rôle très important dans le fonctionnement du GFAPP. Nous reviendrons aussi sur ce processus

–          Le processus de structuration des relations : comment se structure les relations, les échanges dans un groupe ? Se connaître et travailler dans un même établissement modifie complètement les modes de relation au sein d’un groupe par rapport à un groupe de personnes qui ne se connaissent pas

–          Le processus de référence aux normes : chacun s’exprime et interagit avec les autres acteurs du groupe en fonction de normes de référence qui lui sont propres. Ces normes vont influencer sa façon d’interagir au sein du groupe, de poser des questions, de formuler des hypothèses….

–          Le processus de la qualité des relations : on peut retrouver plusieurs types de critères pour qualifier la relation :

  •  les sentiments : confiance, sympathie, empathie….
  • les rapports de pouvoir : domination, soumission, autorité, conflit…
  • les valeurs morales ou culturelles : respect, politesse….

–           Le processus de l’expression de l’identité : chacun en communiquant révèle qui il est, ce qu’il pense, ressent, veut…..et à travers son langage ou ses expressions non verbales  révèle ses intentions (quelquefois inconscientes).

Tous ces processus sont présents et interagissent dans toute situation de communication et entre tous les participants et l’animateur du GFAPP.

Compte tenu de la complexité de la situation de communication dans un GFAPP, le rôle de l’animateur va être essentiel, mais difficile à jouer.

J’ai choisi de vous proposer de porter une attention plus particulière aux processus de contextualisation spatial et temporel qui constituent selon moi des éléments essentiels du « cadre » que l’animateur pose plus ou moins consciemment  et qui sont pour partie déterminant des autres processus qui sont activés ou réactivés au sein du groupe.

C’est sous forme de questions et non pas de réponses que je vous propose une réflexion sur ces processus.

Le processus de contextualisation spatial : quels sont les éléments qui peuvent interagir avec le groupe et avoir des effets sur son fonctionnement ?

–          Dans quel lieu, quel établissement, quels locaux sont organisés les séances d’APP ?

–          Ces lieux sont-ils les lieux de travail habituels des personnes, des lieux étrangers , des locaux de formation, de détente, de documentation……. ?

–          Ces lieux sont ils connus de tous, de certains ? pour quelles autres activités ?

–          Lieux d’origine des personnes qui composent le groupe : même établissement, différents établissements de même type ou différents ?

–          L’animateur est-il un familier des lieux ? les découvre t-il ?

–          A quoi sert habituellement cet espace ? formation, réunion, détente …. ?

–          Comment est aménagé cet espace ? avec tables, sans tables, avec des chaises, des fauteuils, un tableau, du matériel, des accessoires

–          Quel est l’espace, le volume de la salle, par rapport à la taille du groupe ? locaux exigus, vastes.

–          Quelle est la situation de la salle par rapport aux autres locaux de l’établissement : zone de circulation, zone isolée,

–          Quels sont les locaux contigus ? Les locaux sont ils isolés ou sonores ?

–          Comment le groupe s’installe dans la salle ?  regroupement d’affinités, éléments isolés ? place de l’animateur  par rapport aux groupes

–          Le groupe réaménage-t-il la salle ? Comment ?

–          Quel est l’aménagement des tables et des chaises ou des chaises seulement ?

–          Toutes les places sont elles occupées ? espaces libres ?

–          L’animateur propose t-il une installation particulière ? Ou s’installe-t-il par rapport au groupe

–          Les locaux ont ils des fenêtres ? Quels sont les éléments de l’environnement que l’on voit de la salle ?

–          La lumière est-elle suffisante ou besoin d’une lumière complémentaire ?

–          Quels sont les éléments du décor dans la salle : couleurs des murs, décors, tableaux…..

–          Quels sont les accessoires ou les supports disponibles éventuellement : boissons, documents, dossiers, tableaux……

–          Est-ce que le groupe est dérangé par des éléments extérieurs : bruits, visite impromptue…

–          Est-ce que toutes les séances d’APP se déroulent dans le même établissement, les mêmes locaux et salles ? ou bien est-ce que c’est différent ?

–          Est-ce qu’à chaque ou à toutes les séances, les personnes retrouvent la même place ou est-ce qu’ils changent ? Est-ce que certains changent de place ? Comment ?

–          Est-ce que l’animateur propose ou demande de changer de place ?

–          Est-ce que certains participants sortent en cours de séance ou quittent la salle avant la fin ?

Quelle est la symbolique de ces différents éléments spaciaux pour chaque participant du groupe et pour le formateur ?

Le processus de contextualisation temporelle : quels sont les éléments qui peuvent interagir avec le groupe et avoir des effets sur son fonctionnement ?

–          Quelles sont les ressources et les contraintes temporelles posées par l’institution : temps alloué pour l’organisation d’un GAPP ?

–          Est-ce que ce temps a été proposé, a du être négocié ?

–          Est-ce qu’il s’agit d’un temps de formation, d’un temps de travail, d’un  temps personnel ?

–          Est-ce que cela varie selon les personnes ?

–          Quel est le temps global prévu ?

–          Comment ce temps est planifié ? à un rythme régulier ou irrégulier,

–          S’étale-t-il dans la durée ou est il concentré ?

–          Est-ce que tous les participants bénéficient ils du même temps ? et sont-ils présents en même temps ?

–          Est-ce que le temps de participation à un GFAPP est facultatif ou obligatoire ?

–          Est-ce que les personnes émargent et leur présence est contrôlée par vous, par l’institution ?

–          Quelle est l’organisation des temps des séances : plusieurs journées consécutives, des journées espacées, de combien de temps, des demi-journées espacées de combien de temps, des séances d’une durée de … ?

–          Quels sont les créneaux horaires des séances ? le matin , l’après midi ?

–          Quels sont les temps de pause prévus ? temps intemédiaires, pause déjeuner ?

–          Est-ce que les participants arrivent à l’heure ? et les séances débutent à l’heure ? ou en retard ? de combien ?

–          Est-ce que les personnes se connaissent déjà ? ne se connaissent pas ?

–          Quelle est l’histoire commune aux participants du groupe ?

–          Comment est structuré le temps des séances ?

–          Quel est le rituel de démarrage du travail du groupe ?

–          Le formateur pose t-il un cadre de temps précis ? une répartition du temps des différentes étapes du travail ? Comment ce temps est structuré ? Est-il respecté ?

–          Est-ce qu’il y a des débordements du groupe, du formateur ?

–          Quel est le rituel de fin de séance ?

–          Quel est le rituel des temps de pause ?

–          Y a-t-il des temps de travail en sous-groupe pendant les séances

–          Y a-t-il des temps d’interruption ?

–          Quelles sont les modalités de suivi, de lien entre les séances : travail à préparer, journal, mail….. ?

–          Est-ce qu’il est prévu une suite à l’issue de la formation ?

–          …………..

Quelle est l’influence de la structuration du temps sur le fonctionnement et l’animation du groupe ?

Et pour introduire un niveau de complexité supplémentaire, j’introduirai une question déjà posée à plusieurs reprises dans le groupe mais à des moments où je n’avais pas la disponibilité pour y répondre : peut-on imaginer animer un GFAPP à distance ? et de ce fait modifier totalement les dimensions et les rapports à l’espace et au temps pour le groupe.

Bibliographie

Mucchielli A. Nouvelles méthodes d’étude des communications. Edition Armand Colin Paris, 1998.

Muchielli A. Corballan J.A. Ferrandes V. Théorie des processus de la communication – Edition Armand Colin Paris, 1998.

Deaudelin C. Nault T. (sous la direction de ) – Collaborer pour apprendre et faire apprendre – La place des outils technologiques  Edition Presses de l’Université du Québec, 2003.

 

Texte présenté en juin 2005 dans le cadre du 2ème séminaire GFAPP