Les objets de travail en APP


par Marielle Billy

Je fais l’hypothèse que ces objets ne sont pas exactement les mêmes pour l’animateur et les participants. Ce que j’avance est très empirique et à mettre en écho avec ce que j’ai écrit sur le processus.

Lorsque le travail démarre autour d’une situation, j’énonce, entre autre, que nous allons nous pencher sur cette situation et la relation que la personne entretient avec celle-ci, donc avec l’autre ou les autres impliqués dans le même vécu. A partir de là, je me dis que les participants, et en premier lieu l’exposant, ont pour objets de travail (= objets conscients ou en voie de conscientisation) :

  • Le positionnement didactique et / ou pédagogique (si c’est en cours) face au groupe ou face à l’élève (= la manière, par exemple, d’entrer dans le cours, de le commencer, de le rythmer…) ; ce n’est pourtant pas le lieu d’une analyse didactique ! Il peut y avoir cependant des éléments pédagogiques dont il est intéressant de mesurer les effets, en lien avec d’autres dimensions de l’analyse de la situation.
  • Le positionnement institutionnel si c’est une situation de travail avec les autres adultes impliqués (chef d’établissement,  conseiller principal d’éducation ….) et la réflexion sur son rôle (de l’exposant) et sa mission …Il peut être pertinent pour une personne d’analyser des « fonctionnements » et « dysfonctionnements » institutionnels, et de voir la place qu’on y prend.
  • Le positionnement subjectif dans la relation aux personnes impliquées, et aussi vis à vis du métier (positionnement vis à vis de l’identité professionnelle en construction et de ses représentations – qu’en est-il des images que j’ai de ça, mes images correspondent-elles à la réalité, suis-je pris imaginairement par des représentations héritées de mon passé d’élève, par exemple, ou par des représentations collectives non pensées par moi même…)

Dans tous les cas, le travail se fait autour de la mise au jour du « comment ça se passe » (par le récit, les questions) et du « comment on peut y être pour quelque chose », et « comment d’autres ont pu se placer dans la situation (= comment je [et l’autre, les autres]  me [se] place[ent], ont pu se placer dans ce vécu professionnel – ceci sous formes d’hypothèses multiréférencées, donc par le travail du groupe) ; et peut être parfois, allons-nous vers le « qu’est-ce qui fait que j’y suis pour quelque chose » (cela dépendant beaucoup des personnes engagées dans le travail et parfois, cette dimension vient au jour un peu tard dans l’histoire du groupe, ou reste-t-elle non-parlée).

Si le travail d’APP inclut un temps de méta-analyse, le nouvel objet de travail est alors :

  • Le positionnement dans ce groupe-ci, l’examen du réseau de communication dans ce groupe, la façon de chacun d’approcher cette réalité groupale-ci. (j’ai encore du mal !)

Pour l’animateur, je dirais que ces objets cités sont aussi les siens mais qu’on peut en rajouter, qui sont spécifiques à son rôle et sa place.

J’en citerais quelques uns, d’après mon expérience :

  • Le cadre : travailler au fil de l’expérience comment je le définis (en terme épistémologique), comment je le pose et surtout, comment je le fais « vivre ».
  • La réalité groupale : comment je la prends en compte ? ce que j’arrive à repérer, ce qui me reste énigmatique ; comment j’invite éventuellement le groupe à la travailler ?
  • La parole : quel rapport j’entretiens avec la parole, comment je m’en sers …, est-ce que je parle beaucoup, peu … ?

Mais aussi, plus profondément, comment je me représente ce qu’est la parole d’une personne, qu’est-ce que le récit ? sa fonction ? quelle différence je fais entre discours et parole, comment cela se traduit dans ma pratique (par exemple : comment j’utilise moi même le langage, pour dire, questionner, suggérer, reformuler, est-ce que je sens quand je fuis dans le discours ? …)

  • Les signes non-verbaux : est-ce que j’y suis sensible ? comment j’en tiens compte ? comment moi-même je les utilise ? suis-je aussi à l’écoute de ce que je « fais » ?
  • Liés aux points ci-dessus, l’écoute et mon positionnement, en un mot, mon implication et sa façon de se réaliser : comment je repère que j’écoute plus ou moins ? quand est-ce que j’ai baissé ma vigilance ? à quelle occasion ? …

Et aussi le repérage des effets de mon positionnement (on peut aller jusqu’à parler de l’analyse pour soi du transfert) : quand est-ce que je me sens mal à l’aise ? comment j’utilise en moi la satisfaction et l’insatisfaction (ce que ça me fait) ? comment je reviens sur des interventions que j’ai pu faire pour mesurer ce que j’y ai mis de moi ?

Voilà à ce jour, à travers ma petite expérience, ce que j’ai un peu repéré, et que je trouve très complexe et difficile à travailler ! Ce que j’ai souligné ici vient, en particulier, de certains sentiments d’insuffisance, voire d’échec, et ce travail d’écriture a pour moi la fonction de m’aider à me mobiliser davantage là dessus. Je compte sur vos interventions !

 

Texte présenté en juin 2005 dans le cadre du 2ème éminaire GFAPP