En quoi le dispositif d’analyse de pratiques en groupe, et ce qui s’y passe est-il un outil de formation ?


par Christiane Penarrubia


Quelles valeurs, quelles compétences ce dispositif permet-il de construire, de conforter, transférables à la fonction de formateur, d’enseignant et à la vie de la classe ?


1. Les rituels

Le quoi de neuf : « sas » qui permet de « poser ses bagages, de retrouver le groupe, dans la parole ou dans le silence »… »rite de passage entre le dehors et le dedans ».

Les principes rappelés par l’animateur au début de chaque séance « : de confidentialité, de respect de l’autre, d’assiduité, de volontariat, rassurent les participants qui reconnaissent chez l’animateur, le garant du bon fonctionnement du dispositif et de la protection du groupe.

« La loi est posée »

N’est-ce pas le rôle de l’enseignant (animateur) de la classe de rappeler et de poser la ‘ loi’ ?

Les IO nous demandent d’être le garant de la sécurité physique, psychologique et affective des enfants.


2. Le cadre

* spatio-temporel : l’espace aménagé en fonction des besoins, le temps prévu et annoncé sont des facteurs sécurisants pour un groupe.

* virtuel, les principes énoncés et répétés de façon rituelle en début de séance permettent de « poser » la loi (fondatrice et protectrice)

C’est un cadre, un contenant, sécurisant parce-que stable

Il permet la circulation de la parole et l’écoute attentive Il donne à chacun sa place dans le groupe.


3. Le déroulement

Les différentes phases qui le composent, se déroulent toujours dans le même ordre, limitées par un temps annoncé d’avance. Chacun sait à tout moment quel est l’objectif clairement défini du travail demandé.

Cela donne sens à ce qui se passe dans le groupe, comme peut le faire l’annonce claire du programme d’une journée de travail en classe, de l’articulation des différentes disciplines et des modalités de fonctionnement (seul, en groupe…).

Apprendre la valeur des silences 

Au cours de la phase 0, celle du choix de l’exposant et même pendant la phase des questions ou celles des hypothèses, des silences plus ou moins longs se produisent.

Ils sont porteurs de sens au même titre que les silences en musique !

Et nous, en classe, quelle place accordons-nous aux silences ?

Leur permettons-nous d’exister ?

Sommes-nous capables de faire remarquer à nos élèves l’intérêt de ses temps suspendus, où la pensée se construit…

Apprendre à apprivoiser notre peur du silence, d’où peut surgir l’inattendu, l’imprévu…

Utiliser le questionnement et les hypothèses pour développer le savoir analyser

La phase des questions et celle des hypothèses en analyse en groupe permettent d’éclairer la situation exposée pour comprendre « comment on en est arrivé là »

Des questions différentes et des hypothèses contradictoires sont donc tout aussi pertinentes.

Devant une situation problème, acceptons-nous plusieurs réponses, plusieurs hypothèses ;

Permettons-nous à nos élèves d’utiliser le questionnement, de pratiquer le doute comme moyen de construction des savoirs ?

Utiliser les hypothèses et non les conseils pour ouvrir des pistes, éclairer une situation problème…aller vers la construction de la pensée complexe…

La re- formulation

Nous sommes souvent invités à reformuler questions ou hypothèses, soit parce-qu’elles sont des conseils ou des jugements déguisés, ou tout simplement pour être plus clairs, plus explicites ;

Le savoir re-formuler pour être mieux compris est une compétence à développer tant chez les formateurs que chez les élèves. (travail en groupe, tutorat…)


4. La phase Méta ou phase 5 de notre dispositif

La pratique réflexive 

Etre capable de faire un retour sur sa pratique pour la faire évoluer, c’est s’inscrire dans un processus de changement personnel autant que professionnel. Cette compétence permet donc de construire notre identité professionnelle et notre identité personnelle.

Prendre le temps de permettre aux élèves, même tout jeunes de faire un retour sur leur pratique, c’est les reconnaître comme acteurs de leurs apprentissages, c’est aussi reconnaître leur production ; Ils donnent sens à ce qu’ils font, apprennent à construire leur esprit critique, à s’auto ou se co-évaluer.


5. Pour conclure

Les valeurs et les compétences développées par l’analyse des pratiques professionnelles en groupe, permettent :

* par une mise à distance, une meilleure gestion des émotions utile à la résolution des difficultés relationnelles,

* une meilleure qualité d’écoute des autres

* le développement d’une pensée plus complexe (éviter de raisonner de façon linéaire)

* de donner l’autorisation à chacun de construire ses solutions (et aux enfants de construire leurs savoirs)

* d’améliorer notre capacité à communiquer

* de s’inscrire dans une démarche humaniste indispensable à tous les métiers de l’humain.

 

Texte présenté en juin 2004 dans le cadre du 1er séminaire GFAPP