Les invariants ?


par Marielle Billy

J’ai très envie, en amont de toute autre question et donc de celle des « variables », de me demander ce qui pour moi constitueraient les « invariants » de l’APP : cette question m’oblige à me pencher sur ce à quoi je porte mon attention, ce que je m’efforce de tenir, de travailler. Mais il me semble important de nuancer le terme d’APP, en précisant qu’il s’agit pour moi d’une approche clinique. En effet, cette approche colore sans doute les « invariants » d’une façon particulière, et il sera intéressant de confronter ce que nous disons chacun de cela. J’avance ici une tentative de définition de la démarche clinique : c’est en lien avec une épistémologie (origine, nature, valeur et effets possibles de la démarche ) ; la démarche se fait dans une distance qui n’est pas extériorité ( extériorité des moyens méthodologiques, application de concepts à des cas particuliers ), mais qui est en intériorité ( par l’attention portée à ce qui se passe au cours de la démarche, à ce qui se pense, aux contradictions, à ce qui se vit pour chacun, en particulier pour l’animateur, attention portée aussi aux effets de ce dernier point sur le travail en cours). Je rajouterai que, dans la démarche clinique, la connaissance s’accompagne d’un effet de méconnaissance, et que « les connaissances produites tiennent du chemin par lequel on parvient à celles-ci » (in : Le désir de penser, de F. Giust-Desprairies, 2004). Je déclinerai ces « invariants » de la façon suivante :

  • La constitution d’un groupe et à partir de là, les points à travailler pour que cela soit :

Le fait de poser un cadre* qui soit efficient pour les personnes, animateur compris. L’accueil des personnes au sein de ce cadre. La fonction* de ce groupe au fil du travail.

  • La parole comme mode de travail :

La scansion* de celle-ci en récit*, questions et hypothèses. L’utilisation de la parole par l’animateur* (fonction de la reformulation, fonction de « tissage » de ce qui est dit, pas plus ! nature de l’interprétation*)

  • Le fait d’initier l’écoute*.
  • La définition des objets de travail (je pose que ce n’est pas tout à fait les mêmes pour le groupe et l’animateur):

Les objets pour le groupe* (objets modifiables au cours du travail). Les objets pour l’animateur*.

  • Le travail de positionnement* de l’animateur (avec le cortège de questions afférentes aux points ci-dessus – travail du contre-transfert, posture physique, une façon d’être là et un peu ailleurs …)
  • La notion de processus* à l’œuvre, ses avancées, ses blocages.

Chaque terme accompagné d’un astérisque demande à être défini le plus précisément possible. Ce premier jet ne prétend à aucune exhaustivité ni exactitude, et peut évoluer en fonction des échanges. Je vais « creuser » ci-après la question des objets de travail et celle du processus.

 

Texte présenté en juin 2005 dans le cadre du 2ème séminaire GFAPP