Animer un GAPP, est-ce si simple?


par Patrick Robo

 

Le constat effectué au cours d’une dizaine d’années de pratiques de groupes d’analyse de pratiques professionnelles (GAPP) et de groupes de formation à l’analyse de pratiques professionnelles (GFAPP) fait apparaître qu’animer de tels groupes n’est pas toujours chose aisée, n’est pas quelque chose de simple, et pose nombre de questions sur des plans divers, en synergie et relatifs à ce que l’on pourrait placer dans des domaines tels que : pratiques, techniques, stratégies, théories, axiologie, déontologie, institutionnel…

Comment devient-on animateur de GAPP ?

Tout d’abord il convient de constater qu’il n’existe pas de statut ni de diplôme professionnel d’animateur de GAPP et que majoritairement, cette fonction, ce rôle, relèvent de l’auto-proclamation, celle-ci pouvant trouver une validation, une reconnaissance interne par les effets produits et constatés. On n’est pas institué animateur de GAPP, mais seulement (et pas toujours…) reconnu par ses pairs, par des stagiaires, par l’institution.

Quelles compétences pour animer un G(F)APP ?

Dire ensuite que cette auto-proclamation se base sur une (auto)évaluation de compétences estimées nécessaires pour assumer une telle responsabilité.

Certes, d’aucuns diront qu’il s’agit d’un acte de formation mis en œuvre par un formateur patenté et donc reconnu, certifié compétent. A ce niveau nous ne nous interrogerons pas sur les modalités et critères de recrutement de formateurs d’enseignants. Nous avancerons qu’animer un groupe d’analyse de pratiques, à partir d’une situation découverte lors d’une observation ou d’un récit ne permet pas d’anticiper quel sera le contenu qui découlera de cette découverte et qui sera traité, travaillé, analysé ; la seule chose qui puisse être affirmée, énoncée globalement, sans se tromper, c’est qu’il s’agira d’une situation ou d’une pratique professionnelle. Le formateur ici est confronté à de la démaîtrise, contrairement à ce qui se passe généralement quand il assure un cours qu’il a préparé en amont… Cette démaîtrise dans l’anticipation nécessite a minima une double maîtrise dans l’action (maîtrise de l’animation et de la gestion d’un groupe ; maîtrise de soi) accompagnée de savoirs liés au métier, à la profession et à l’humain, complétée par des compétences en analyse de pratiques.

Nous pourrons donc nous interroger sur ces savoirs et compétences nécessaires à la fonction d’animateur de GAPP.

Pourquoi n’est-ce pas si simple d’animer un GAPP ?

Tout simplement parce que, comme le disent certains animateurs, il y a une somme de données, à clarifier et de paramètres à prendre en compte, à gérer ; parce qu’il faut savoir être « multitâches ».

1/ les données à clarifier :

–          pourquoi je choisis de mettre en œuvre de l’APP ?

–          dans quelle finalité de formation ?

–          au service de quel projet personnel et/ou collectif ?

–          quels objectifs je vise par l’APP en groupe ?

–          sur quels ancrages axiologiques et théoriques je vais m’appuyer ?

–          quels seront les principes fondateurs, régulateurs que je choisirai ?

–          quelle modalité congruente d’APP choisir ?

–          quelles stratégies de mise en œuvre ?

–          etc.

2/ des paramètres à prendre en compte, à gérer :

Paramètres « techniques »

Paramètres « humains »

Mise en œuvre du protocole Déontologie
Gestion du temps Contrat initial
Gestion du lieu/espace Accueil des participants
Gestion de la parole Sécurité des personnes
Les champs analysés Phénomènes de groupes
Les outils d’animation Éthique
La pertinence de la démarche (d’analyse) Affect
Synthèses, relances, reformulations Silences
Présentation du dispositif Pannes
Choix de l’exposant/exposé L’exposant
Les différentes phases du protocole Etc.
Les attributions liées aux différents rôles dans le groupe
Etc.

 

3/ Être « multitâches »

c’est-à-dire mener de front, souvent en solitaire, les différents paramètres précédemment énoncés, sans perdre de vue les objectifs visés (savoir analyser, savoir animer…)

Au-delà de ces trois aspects évoqués, animer un GAPP n’est pas si simple qu’il n’y paraît parce qu’il ne s’agit pas de transmettre du savoir, des savoirs, mais de faire acquérir des compétences par l’implication des sujets adultes, dans une dimension groupale, ce qui engage l’animateur à une triple responsabilité sur le plan humain :

–          accueillir l’Autre en tant que professionnel habité par une personne

–          permettre à l’Autre d’être et agir dans un groupe constitué

–          garantir la sécurité de l’Autre, en particulier sur le plan psychologique.

Animer un GAPP n’est pas si simple car cela engage l’animateur dans une triple loyauté ; loyauté vis à vis de chaque participant, du groupe et de l’Institution dans laquelle il agit.

Ce n’est pas si simple non plus parce qu’animer un GAPP implique l’animateur sur deux niveaux imbriqués :

–          en tant que professionnel qui, dans la durée, doit faire preuve de compétences en APP ;

–          en tant que personne qui doit se maîtriser, s’impliquer sans être impliquée… et être congruente avec ses valeurs et principes.

Si ce n’est pas si simple, ce n’est pas pour autant compliqué… cela relève de la complexité professionnelle et nécessite une formation d’animateurs, une formation accompagnante.

Nous pourrons alors nous intéresser sur « comment se former et comment former à l’animation de tels groupes ? »

 

Texte présenté en juin 2004 dans le cadre du 1er séminaire GFAPP